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MERCI DE PRENDRE EN PRIORITÉ LES RÔLES MASCULINS

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 Lia Di Filadelfi

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Lia Di Filadelfi

■ Messages : 48
■ Age du Personnage : 24
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■ Date d'arrivée à Vérone : 22/09/2011

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MessageSujet: Lia Di Filadelfi   Mer 12 Oct - 20:37



crédits ϟ $hamr♣ck

Lia Di Filadelfi

24 ANS ♣ CELIBATAIRE ♣ VERONE


Je m'appelle LIA DI FILADELFI, je suis d'origine ITALIENNE, je suis née et j'ai grandi à VERONE. Si tu veux me souhaiter mon anniversaire c'est le 1ER NOVEMBRE. Quand je fais ma déclaration d'impôt j'ai envie de déclarer que je suis plutôt MODESTE. J'ai mené ma barque jusqu'à aujourd'hui, de ce fait j'exerce le métier de NEGOCIATRICE. En ce moment, je suis CELIBATAIRE. Comment ça pourquoi ? Mais, parce que J’AI AUTRE CHOSE A FAIRE. J'appartiens aux IMMORTALE SI REBELLA. C'est bien joli tout ça mais il serait peut être temps d'entrer dans les détails non ?!


you fingertips across my skin.


Les cloches retentissantes de l’église du quartier sonnèrent quinze heures. A quelques mètres en contrebas, la ville s’activait depuis très tôt dans la matinée. Pourtant, dans une minuscule chambre d’un vieux motel délabré, le silence régnait en maître. Un rai de lumière défiant l’obscurité existante filtra à travers le rideau de toile usé et vint éclairer le visage encore endormi de l’homme allongé à ses côtés. Cristina sourit amoureusement en voyant son homme tenter de lutter contre la lumière qui titillait ses paupières et vint se blottir contre son corps couvert d’une fine pellicule de sueur. La chaleur étouffante de cette journée d’été était insoutenable, mais elle s’en fichait. Elle pouvait bien mourir dans cette étuve si on lui laissait son Bichente. Il grogna à son contact, mais referma ses bras autour d’elle. Enfouissant son visage dans son cou, elle le couvrit de baisers jusqu’à ce qu’il se mette à ronronner et lui mordilla affectueusement le lobe de l’oreille.

« Réveille-toi... » Lui murmura-t-elle. « Il est tard, il faut bouger... »

Un dernier grognement endormi pour la forme, et il concéda enfin à ouvrir les yeux. Il plongea ses grands yeux clairs dans les siens et un long frisson parcourut lentement l’échine de Cristina, comme à chaque fois que leurs regards se croisaient. Elle était amoureuse de cet homme, comme jamais personne n’avait été amoureux auparavant. Ils ne se connaissaient pourtant pas depuis longtemps, une dizaine de mois à peine, mais elle avait l’impression de le connaître depuis une éternité. La première fois qu’elle l’avait vu, c’était en rêve, son visage flottant au milieu du néant, lui souriant comme il savait si bien le faire. C’était comme si son inconscient l’avait dirigée vers lui. Et quand elle l’avait rencontré, instinctivement, elle avait su. Qu’il était spécial. Elle avait été irrémédiablement attirée par lui, par son charisme, son regard, tout. Elle n’aurait su expliquer pourquoi ni comment, mais chaque fibre de son être était reliée à Bichente, elle le sentait. Elle était totalement dépendante de lui. Bien sûr, au début, elle n’avait pas percuté ; elle n’avait pas réalisé qu’il était, au sens propre comme au figuré, l’homme de ses rêves. Mais elle avait senti qu’il était important, car c’était la première fois que quelqu’un lui faisait cet effet-là.
Après ça, tout s’était enchainé très vite. Une fois qu’ils s’étaient trouvés, ils s’étaient accrochés de toutes leurs forces l’un à l’autre pour ne plus jamais se lâcher. Ils avaient tout pour être heureux, puisqu’ils s’avaient l’un l’autre. Pourtant, un léger détail venait obscurcir leur tableau de passion et d’amour. Un détail qui n’avait en réalité rien de léger. Un détail considérable.

Ce détail s’appelait Toni. Mais pour comprendre comment cela allait gâcher leurs vies, du moins jusqu’aux prochaines, il fallait remonter quelques jours en arrière et expliquer un minimum dans quel contexte leurs âmes s’étaient réincarnées. L’Italie de la fin des années cinquante avait vu se développer de manière exponentielle un phénomène impossible à enrayer bien connu sous le nom de Ndrangheta, à savoir, la mafia des mafias... Spécialisée dans le trafic d’armes et de stupéfiants, de cocaïne en particulier, elle était implantée dans tout le pays et Rome n’avait pas fait exception à la règle. Les quartiers les plus socialement exclus de la capitale avaient connu un phénomène de ghettoïsation et les mafieux avaient profité de cette aubaine pour y implanter leur petite entreprise. Les chefs de gang des quartiers étaient alors devenus les sous-fifres d’une organisation hyperpuissante qui les surpassait tous. Toni Capella était l’un d’eux. Et Bichente était l’une des nombreuses petites mains qui travaillaient sous ses ordres. Quand elle s’était mise avec lui, Cristina avait complètement accepté son «job», qu’il ne lui avait jamais caché d’ailleurs. C’était le moins qu’on puisse dire, étant donné que c’était lui qui la fournissait. Mais il avait commis une erreur. Une erreur qui leur avait été fatale. Bichente avait beau travailler pour l’un des plus importants cartels de drogue du pays, il n’en restait pas moins un adolescent sur le tard, rebelle à toute forme d’autorité ou de hiérarchie. Il s’était aperçu qu’en subtilisant une infime partie de la coke qu’il était chargé de transporter, il pouvait se faire le double de ce qu’il gagnait, via son propre petit commerce. Il en prenait si peu à chaque fois, qu’il était quasiment impossible que cela se remarque. Pourtant, ç’avait été le cas. Et autant vous dire que Toni n’avait pas du tout apprécié qu’un de ses subalternes se paie sa tête. Dans ce monde-ci, la trahison était punie de mort.

Il avait donc fallu fuir. Cristina n’avait pas hésité une seconde avant de suivre son bien-aimé. Elle l’aurait suivi en Enfer s’il le lui avait demandé. Mais le peu d’argent qui leur restait ne leur permettrait pas d’aller bien loin. Raison pour laquelle ils étaient toujours en ville. Il leur fallait écumer le reste de la drogue que Bichente avait dérobé pour s’assurer de quoi survivre, le tout sans se faire repérer. Heureusement pour eux, cet été, Rome accueillait ses premiers Jeux Olympiques, ce qui signifiait qu’une masse significative de touristes supplémentaires se baladait dans les rues. Avec un peu de chance, certains chercheraient à se fournir rapidement et ils pourraient quitter la ville avant la tombée de la nuit. Il était donc temps de quitter le confort sécurisant du motel pour se jeter dans la jungle.

Cristina était assise sur le rebord de la fenêtre, une cigarette entre ses doigts, en attendant que Bichente finisse de s’habiller, les yeux plongés dans le vague de la rue en contrebas. Un couple d’adolescents se disputait sur le trottoir d’en face ; un oiseau se posait sur un lampadaire ; une Fiat 500 blanche se garait juste devant l’entrée du motel. Elle fronça les sourcils et se mordit la lèvre, tic qui la prenait quand elle stressait. Elle connaissait ce modèle de voiture. Cette exacte voiture. Son angoisse se confirma quand elle reconnut Toni, accompagné de deux sbires, sortir de l’automobile et rentrer dans l’établissement.

« Merde ! On s’est fait repérer ! »
« On dégage ! »

Il balança le sac qui contenait leurs maigres affaires par la fenêtre avant de sauter pour atterrir, dans un fracas métallique, sur un palier de l’escalier de secours. Cristina enjamba la fenêtre, jeta un dernier coup d’oeil à l’intérieur de la chambre alors que la porte s’ouvrait sur un Toni Capella rouge de fureur, et se laissa tomber dans les bras tendus de Bichente. Maintenant, il n’y avait qu’une solution pour survivre. Courir. Bichente avait pris la direction des opérations, décidant dans quelle rue tourner, quand s’arrêter pour vérifier s’ils étaient toujours suivis. Elle se contentait de courir aussi vite qu’elle le pouvait, sa main refusant de lâcher celle de son compagnon.
Après une heure à courir dans tout Rome pour essayer d’échapper à leurs assaillants, il leur sembla qu’ils avaient réussi à les semer. Ils décidèrent de s’assoir pour reprendre des forces et se ressaisir. C’est une Cristina épuisée et trempée de sueur qui se laissa tomber tout contre son homme, sur le rebord d’un trottoir bondé de monde. Ils étaient en effet à quelques dizaines de mètres du stade olympique, dans lequel se disputaient ce jour-là des épreuves d’athlétisme pour les Jeux. Elle posa sa tête contre son épaule, les yeux fermés pour ne pas se laisser éblouir par la lumière vivace du soleil.

« Il faut qu’on se tire... Aujourd’hui, maintenant... » Cracha-t-elle entre deux efforts désespérés pour reprendre sa respiration.
« On peut pas, on n’a pas de fric... Il faut qu’on vende la coke d’abord. »
« On vendra que dalle si on est morts Bichente ! On n’a qu’à voler une bagnole. On la vendra ailleurs, ta putain de coke ! »
« OK... OK bébé, on va faire ça. Calme-toi... »


Il prit son visage entre ses mains et la força à le regarder. Instantanément, elle retrouva son sang-froid et se laissa embrasser. Il savait maîtriser ses sautes d’humeur à la perfection. Oui, il fallait qu’elle se calme. Tout allait bien. Tant qu’elle avait son homme auprès d’elle, tout allait bien. Elle passa une main sur la joue qu’il n’avait pas eu le temps de raser. Que ferait-elle sans lui ? Elle se refusait à imaginer ne serait-ce qu’une seconde cette éventualité. Cela ne pouvait arriver. Et pourtant...
La chaleur, insoutenable, ralentissant leurs moindres mouvements, ils se relevèrent tranquillement, pour aller... ils ne savaient pas trop où. Il leur fallait un moyen de transport, c’était la priorité. Il y avait bien un parc de stationnement pas très loin, pour ceux qui allaient assister aux compétitions sportives. La place était pleine de monde, cela jouerait en leur avantage. Personne ne remarquerait deux jeunes gens trainant près d’une voiture, il y en avait partout. Ils commencèrent à traverser la rue quand une voiture s’arrêta, pour les laisser passer. Ou du moins c’était ce qu’ils pensaient. Jusqu’à ce qu’ils tournent la tête pour regarder le véhicule. Une Fiat 500 blanche. Sa main se referma avec anxiété sur l’avant-bras de Bichente. En face d’eux, le visage de Toni se crispa dans un rictus victorieux.

« Cours ! »

Il les avait retrouvés. Comment avait-il fait, elle n’en savait rien. Tout ce qu’elle savait, c’est qu’ils n’avaient quasiment aucune chance. Déjà, les portières de l’automobile claquaient derrière eux. Elle faisait de son mieux pour se faufiler entre les gens, leur hurlant de se dégager de son chemin, les poussant de toutes ses forces, mais la foule était trop compacte. Elle entendit des touristes derrière elle pousser des cris d’angoisse. Elle n’osa pas se retourner, mais elle avait compris que Toni et ses hommes avaient dû sortir des armes. Elle piétinait, les gens la gênaient, et dans la densité de la cohue environnante, elle avait perdu Bichente. Ses yeux scannaient le monde aussi rapidement que possible, mais aucune trace de son amoureux. Elle hurla son prénom, mais tout ce qui lui répondit fut le bourdonnement assourdissant de la foule. Elle se prit la tête entre les mains, ses doigts s'agrippant à ses cheveux. Des larmes de rage, d’angoisse, de peur et de fatigue lui échappèrent. Elle paniquait. Mais elle savait qu’il la cherchait aussi, quelque part au milieu de ce remue-ménage. Il lui fallait s’accrocher à cette idée, à cet espoir. A cette assurance que si elle le retrouvait, il ne pourrait rien leur arriver. Elle se remit à courir. Et enfin, elle le vit. Il était là, à une dizaine de mètres d’elle, et scrutait la foule, inquiet, la cherchant. Leurs regards se croisèrent et l’espace d’une seconde, leurs visages exprimèrent un soudain soulagement. Cependant...

Un coup de feu retentit. Et elle vit une expression de douleur qu’elle n’avait encore jamais vue sur le visage de l’homme qu’elle aimait. Non ! Pas lui ! Il ne pouvait pas mourir, il ne pouvait pas lui faire ça ! Elle voulut hurler, elle voulut courir le rejoindre, le serrer dans ses bras et lui dire que tout irait bien. Mais elle n’y arriva pas. Au début, elle ne comprit pas pourquoi. Jusqu’à ce qu’elle s’aperçoive que personne ne s’intéressait à Bichente. Tous les regards étaient portés sur elle. Comme dans un rêve, elle baissa les yeux. Son chemisier immaculé était tâché de rouge. Une tâche qui grandissait rapidement. Son regard croisa une dernière fois celui de Bichente et elle s’effondra. Son corps ne répondait plus. D’ailleurs, elle ne sentait même plus son corps. Elle aurait voulu prononcer une dernière fois le prénom de son amoureux, mais elle n’en était pas capable. Mais sa dernière pensée fut pour lui, alors que l’âme de Bonnie quittait peu à peu son corps pour partir à la recherche de son Clyde...




all you need is love ?


Ne sois pas timide, c'est quoi ton petit nom ? Lalyne
Age: 22 ans
Scénario, personnage inventé ou Bachert: Bachert
Mais qui c'est lui/elle ? Rachel McAdams
Tu n'aurais pas un code pour nous ? VALIDE par Rachele (on est d'accord que ça veut pas dire grand chose objectivement ?)
Autre chose à ajouter ? Je suis très lente et j’ai pas vraiment beaucoup de temps libre, mais je fais de mon mieux c’est promis !


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Lia Di Filadelfi

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MessageSujet: Re: Lia Di Filadelfi   Mer 12 Oct - 20:38

sometimes, i pretend to be normal.



Bonnie était une âme vagabonde. Elle errait désespérément dans ce monde sombre et froid, attendant que le moment soit venu pour elle de repartir à la recherche de son Clyde. Elle avait attendu longtemps. Jusqu’à cette froide nuit d’hiver durant laquelle deux êtres se lièrent à tout jamais. Cette nuit-là, un enfant fut conçu. Cette nuit-là, Bonnie trouva refuge dans cet être humain en devenir, prête à retrouver Clyde.

* * *

Les Di Filadelfi était une famille d’honnêtes gens. Les hommes étaient ferronniers de père en fils, et Giacomo ne faisait pas exception à la règle. Artisan modèle, il travaillait dur pour subvenir aux besoins de sa famille. Pourtant, cela ne suffisait pas à joindre les deux bouts et, bien souvent, sa femme et lui devaient prétendre ne pas avoir faim pour pouvoir remplir les assiettes de leurs enfants. Couturière de formation, Maria avait dû quitter son travail pour s’occuper de ses trois garnements. Elle aurait pu reprendre le travail lorsqu’ils avaient été grands, mais le sort s’acharnant malheureusement sur la famille, elle était tombée gravement malade, les privant d’une source de revenus supplémentaire.

Giacomo et Maria s’étaient rencontrés dans une soirée dansante quand ils avaient vingt ans. Il lui avait fait la cour, comme cela était coutume à l’époque. Ils étaient sortis ensemble, ils étaient tombés amoureux et c’est tout naturellement qu’il lui avait demandé sa main. Et c’est tout naturellement qu’elle la lui avait donnée. Ils eurent un mariage simple et sans fioritures dans la petite église du quartier. Et elle vint le rejoindre dans la minuscule maison qu’il avait héritée de ses parents. Ils y vivraient jusqu’à la fin de leurs jours. Elle sut s’approprier les lieux et en faire un petit nid, aussi douillet que possible pour leur famille en devenir. Famille qui s’agrandit dès l’année suivante lorsque Maria mit au monde l’aîné de ses enfants, celui qui était prédestiné à succéder à son père à la tête de la petite entreprise familiale. Quand Lorenzo eut deux ans, il fut rejoint par le petit chenapan de la famille, Leonardo. Ç’aurait pu être tout. Pendant longtemps, ils crurent que c’était tout. Maria ne tombait pas enceinte et les médecins leur avaient dit qu’il n’y avait que très peu de chance que cela se reproduise. Pourtant, alors qu’ils l’avaient accepté et qu’ils s’étaient habitués à leur petite vie à quatre, un évènement exceptionnel vint à se produire. Appelez ça un miracle si vous voulez. Maria tomba enceinte.

* * *

Elle avait perdu les eaux sur les coups de dix-huit heures. Ils avaient confié leurs deux petits garçons, de huit et six ans, à une voisine. Puis, Giacomo s’était empressé de conduire son épouse à l’hôpital, oubliant la notion même de limitation de vitesse. Les heures qui suivirent furent longues et difficiles. Mais finalement, autour de minuit, après un travail douloureux, la salle d’accouchement célébra les premiers hurlements de la benjamine de la famille Di Filadelfi. On ne sut jamais exactement si la petite Lia était née le dernier jour du mois d’octobre ou le premier du mois de novembre. Mais Maria aimait à penser que la naissance de cet enfant annonçait le début d’une nouvelle ère dans leur famille. C’est ainsi qu’il fut décidé que Lia était née le premier novembre.

* * *

Elle n’était pas aveugle. Elle avait beau n’avoir que neuf ans, Lia était une petite fille très perspicace et intelligente. Et elle voyait bien que quelque chose n’allait pas à la maison. Son papa et sa maman se disputaient beaucoup en ce moment, et même si elle ne comprenait pas tous les mots qu’ils utilisaient, elle devinait que les problèmes concernaient l’argent. Avec le développement des technologies et des techniques de production, les recours à des artisans ferronniers allaient en diminuant. Les entreprises engageaient de moins en moins Giacomo et ce n’était pas les quelques commandes de particuliers qui leur paieraient les factures.
La veille, ses parents avaient prétendu ne pas avoir très faim et ne les avaient pas joints pour le dîner. Mais en allant fouiner dans la cuisine pendant que sa maman regardait ailleurs, Lia s’était rendue compte que le frigo était tout simplement vide. Ils n’avaient pas les moyens de se payer un repas pour cinq, alors ils s’étaient sacrifiés pour que leurs enfants puissent manger à leur faim. Et ce n’était pas la première fois que des choses du même acabit se produisaient. Certes, ils ne roulaient pas sur l’or, ce n’était pas une surprise, ç’avait toujours été comme ça. Elle n’avait jamais eu les jolies robes auxquelles avaient droit la plupart des petites filles de son âge ; elle n’avait jamais eu d’affaires scolaires neuves, récupérant celles de ses frères aînés ; elle avait été inscrite à l’école la moins chère du quartier (autant dire la plus malfamée) ; elle n’avait jamais vu un jeu vidéo ou un lecteur DVD de près. Et elle n’avait pas les mêmes loisirs que les enfants des beaux quartiers : pas de vacances à la mer, pas d’activité sportive, pas de cours de musique, pas de cinéma, pas de sortie au bowling, à la piscine ou à la patinoire. Ses activités se limitaient à jouer avec ses frères ou les gamins des voisins dans la rue, se battre avec les mêmes gamins la plupart du temps, grimper aux arbres et regarder la télévision. Oh elle ne s’en plaignait pas bien sûr, elle savait que ça ferait de la peine à ses parents. Mais elle aspirait à mieux. Elle rêvait de voir le monde autrement qu’à travers le minuscule poste des années cinquante qui trônait dans leur tout petit salon. Elle rêvait d’un monde dans lequel elle n’aurait pas à se battre pour éviter qu’on lui marche sur les pieds, où on ne leur couperait pas l’électricité tous les deux mois parce qu’ils n’avaient pas pu payer la facture et où ses parents pourraient manger quand ils avaient faim.

Mais que voulez-vous qu’une petite fille de neuf ans puisse faire face à la cruauté de ce monde ? Ses frères, eux au moins, agissaient. Lorenzo, à dix-sept ans, avait abandonné l’école, malgré les conseils contraires de ses professeurs, pour travailler avec un électricien qui avait accepté de le prendre sous son aile. Il ramenait un peu d’argent à la maison. Leonardo, quinze ans, travaillait comme caissier dans un supermarché après l’école (ou du moins c’est ce que les parents croyaient, car il n’était pas vraiment le roi de l’assiduité au lycée). Et il piquait un peu dans la caisse. Il avait ramené pas mal d’argent à la maison. Avant de se faire virer. Et pourtant, elle ne savait pas comment, mais il continuait de ramener de l’argent à la maison. Rester les bras croisés la rendait folle. Mais elle, que pouvait-elle faire ? Elle était si petite, si innocente... Remarquez... Une ampoule s’alluma au-dessus de sa tête, signe d’un éclair de génie (bon d’accord, pas réellement, mais elle aimait imaginer sa vie comme un cartoon). Elle était toute petite, elle passait inaperçu, elle avait une tête d’ange... Personne n’aurait l’idée ne serait-ce que d’envisager que cette gamine puisse faire quoi que ce soit qui contreviendrait aux bonnes moeurs.

Alors, cet après-midi là, après l’école, elle ne rentra pas immédiatement à la maison. Elle se rendit à l’épicerie du quartier. Juste en face, son frère Leonardo et sa bande de copains un peu bizarres (ils s’habillaient avec des jeans troués et des blousons de cuir pour se donner un genre et ils avaient les yeux très rouges, ce qui foutait un peu la trouille à la petite Lia) trainaient sur un banc. Mais elle ne les remarqua pas. Elle était trop concentrée. Personne ne tourna la tête vers elle quand elle entra dans la boutique. Elle se balada à travers les rayons, prétendant s’intéresser aux produits reposant sur les étagères, faisant semblant de s’attarder sur les sucreries. En réalité, elle analysait la situation, les lieux. Seulement deux employés étaient présents. Une adolescente qui mâchait ostensiblement un chewing-gum, de façon assez vulgaire d’ailleurs, tenait l’unique caisse de l’épicerie ; et un homme entre deux âges avec un fort embonpoint renflouait les rayons. Elle avait toutes ses chances, car même si elle se faisait prendre, elle pourrait courir. L’homme était bien trop lourd pour la rattraper et l’adolescente bien trop désintéressée pour se donner la peine de lui courir après. Lia ne voulait pas avoir les yeux plus gros que le ventre. C’était la première fois qu’elle s’essayait à se genre de chose, il fallait rester modeste. Elle choisit un paquet de café moulu, qu’elle glissa discrètement sous sa veste, le calant contre son corps avec son bras. Puis, tout aussi naturellement qu’elle était entrée, elle se dirigea vers la sortie, passa devant la caisse, se faisant totalement ignorer par la jeune fille et passa la porte. Un soupir de soulagement plus tard, elle s’engagea dans la rue quand une voix retentit derrière elle.

« Hey petite ! »

Merde. Elle se retourna lentement, prête à croiser le regard furibond du gros monsieur et à s’enfuir à toutes jambes. Mais ce n’était pas l’employé de l’épicerie qui l’avait interpelée. Il s’agissait d’un garçon d’une vingtaine d’année, un des copains de Leo et visiblement le chef de la bande. Elle l’avait déjà vu avec son frère, il s’appelait Tullio. Le jeune homme avait quelque chose qui effrayait la petite fille. En dehors de l’anneau qui transperçait son arcade sourcilière et des divers tatouages couvrant ses bras et la partie visible de sa nuque qui représentaient divers monstres et symboles religieux flippants. Bien sûr, ça n’était pas rassurant, mais il y avait autre chose. Une lueur malsaine dans ses petits yeux noirs de hyène qui vous donnait envie de prendre vos jambes à votre cou. Pourtant, Lia ne bougea pas. Elle ancra ses deux pieds dans le sols et planta son regard dans le sien, le défiant presque, ce qui sembla beaucoup amuser Tullio.

« Bien joué là-dedans ! »
« Je ne sais pas de quoi tu parles... » Prétendit-elle.
« Evidemment. Et le café que t’as sous le bras non plus. » Ironisa-t-il. Il la jaugea un instant du regard et elle se sentit mal à l’aise, ainsi exposée. Puis, il ajouta :
« Ça t’intéresse un boulot ? C’est pas très légal, mais c’est bien payé. »

* * *

C’est ainsi que Lia avait dérapé. Mais ses parents n’avaient plus jamais eu faim. Au début, Leo n’avait pas voulu qu’elle participe à ça. Il avait tenté de s’interposer, argumentant qu’elle était bien trop jeune et qu’on ne pouvait pas demander ce genre de chose à une gamine de cet âge. On lui avait rétorqué que c’était justement sa jeunesse et son innocence apparente qui la rendaient utile. Il avait même essayé d’interdire à Lia de travailler pour Tullio, la menaçant de la balancer aux parents ou à leur aîné, Lorenzo. Mais la petite fille l’en avait rapidement dissuadé. Après tout, elle aussi pourrait en raconter de belles sur les activités de son frère, notamment sur le fait qu’il séchait le lycée pour s’adonner à des actes de criminalité en compagnie d’une bande de délinquants notoires. Leonardo avait les mains liées. Il n’était qu’une petite main, sans aucune influence. Tout ce qu’il pouvait faire, c’était garder un oeil sur sa petite soeur et la protéger en cas de besoin. Mais elle n’en avait pas réellement besoin. A seize ans, Lia se débrouillait comme une chef. Elle avait rapidement pris de l’importance dans le business de Tullio.

Il est sans doute temps d’expliquer en quoi consistait concrètement le business de Tullio (le suspense a assez duré). Tullio était le chef d’un petit gang du quartier le plus pourri de Vérone, qui était précisément celui dans lequel vivaient les Di Filadelfi. Son gang n’était pas le plus important, ni même le plus puissant, mais malgré tout, il jouait un rôle déterminant dans la criminalité organisée environnante. Il faisait un peu de tout, trafic d’à peu près tout ce qui pouvait se vendre illégalement, braquages, tabassages en tous genres et j’en passe. Mais ses spécialités, c’était le trafic d’armes et de stupéfiants. En réalité, Tullio n’était pas tout à fait le chef. Il y avait encore de nombreux échelons dans la hiérarchie au-dessus de lui. Mais ça, il ne le savait pas. Il ne connaissait que son commettant, qui ne connaissait lui-même que celui au-dessus de lui, et ainsi de suite. C’était une manière, pour celui qui tirait les ficelles de se protéger. Tullio n’était donc qu’un intermédiaire parmi tant d’autres. Son job consistait à faire ce que l’homme au-dessus de lui demandait. Il avait des fournisseurs, avec qui son supérieur l’avait mis en contact, et des clients. Seule la fin comptait, il avait la liberté des moyens. Et il était payé en pourcentage des recettes qu’il ramenait pour son boss.

La petite fille qui voulait juste que ses parents mangent à leur faim avait bien grandi. A seize ans, Lia n’était plus une petite fille. Cela faisait bien longtemps qu’elle avait perdu son innocence d’enfant. Travailler pour Tullio avait fait disparaître cela, et l’avait profondément changée. Sous ce visage d’ange dont elle avait appris à tirer profit, se cachait une jeune fille scarifiée et en pleine souffrance. Elle semblait forte, voire méchante, presque cruelle. Mais tout cela n’était qu’une façade. En réalité, elle détestait devoir être ainsi. Elle détestait cette vie. Elle détestait la personne qu’elle était devenue. Pourtant, elle continuait. Parce qu’elle n’avait pas le choix. Et parce que, quelque part, une partie d’elle se satisfaisait de ce qu’elle pouvait récolter. Lorsqu’on venait d’une famille qui n’avait rien, l’argent permettait d’illuminer les journées. Un bon repas, un vrai lit, des vêtements qui n’étaient pas troués par les mites, c’était un luxe qu’elle avait besoin de s’offrir. Alors elle faisait le boulot. Comme ce soir.

Les jambes fuselées dans un jean sombre, les pieds sanglés dans des talons hauts, un blouson de cuir sur les épaules, du noir sur les yeux, elle paraissait plus adulte qu’elle ne l’était vraiment. Elle jaugea d’un regard son interlocuteur, un type d’une quarantaine d’années. C’était l’un de leurs fournisseurs habituels, il ne devrait y avoir aucun problème. Il suffisait de finaliser la transaction, de récupérer la marchandise, de la livrer à Tullio et sa journée serait enfin terminée. Elle n’avait qu’une hâte, retrouver son lit. Elle était épuisée. Rien d’étonnant à cela, elle enchaînait les journées de cours et les soirées à bosser. Elle n’avait pas pu se résoudre à quitter le lycée, ses parents auraient tellement déçus. Ils tenaient tant à ce qu’au moins un de leurs enfants obtienne son diplôme, elle ne pouvait pas les abandonner. Alors, évidemment, la fatigue se faisait ressentir. Surtout que, depuis quelques semaines, elle dormait mal. Courage, elle pourrait bientôt s’effondrer.

« Voilà, tout est là... »

L’homme s’effaça pour la laisser passer, lui indiquant la direction à suivre. Deux employés du fournisseur tenaient une lourde malle qu’ils amenèrent jusqu’à elle, lui laissant le soin de l’ouvrir. Un léger sourire de satisfaction apparut sur les lèvres de Lia. Tout était là. Un stock de sacs à main d’une grande marque italienne. Du moins, c’est ce que n’importe qui aurait dit à première vue. Mais, si on y regardait de plus près, avec un oeil très aiguisé et expérimenté comme l’était devenu celui de Lia, on s’apercevait de quelques légères différences avec les originaux. De la contrefaçon de très grande qualité. En quelques secondes, ses yeux parcoururent attentivement la marchandise, comptant rapidement le nombre de pièces. Elle avait dû apprendre à estimer d’un coup d’oeil les quantités de ce qu’elle achetait pour ne pas se faire avoir. Ce soir, tout était parfait. Elle tendit alors la mallette qu’elle portait à son interlocuteur. Il l’ouvrit et entreprit de compter l’argent qui se trouvait à l’intérieur. Pendant ce temps, les hommes de Tullio qui accompagnaient Lia (ont l’un était son frère Leonardo) chargèrent la caisse dans leur camionnette. Le fournisseur grimaça et Lia sentit qu’il y avait un souci.

« C’est pas assez... »
« Six cent cinquante mille, c’est ce qui était convenu. »
« Les prix ont augmenté... Mais tu sais, si t’as pas plus, tu peux toujours payer en nature... » précisa-t-il avec un rictus, s’avançant de façon suggestive.

Derrière elle, elle sentit ses collègues se crisper et Leo porta sa main au flingue qui était dans sa poche. Mais d’un signe de la main, elle leur ordonna d’arrêter. Ils obéirent sur le champ. Elle savait qu’elle ne risquait. Au pire, si quelque chose dérapait, ils sauraient intervenir rapidement. Et elle avait appris à se battre, elle pourrait se défendre. Elle plongea son regard glacial dans celui du fournisseur qui perdit immédiatement son sourire. Maintenant, il paraissait beaucoup moins à l’aise, voire même un peu effrayé.

« Ecoute-moi bien Casanova, ton petit numéro, tu le sors à qui tu veux, mais pas à moi. J’ai pas de temps à perdre avec ce genre de conneries. Alors maintenant, tu prends ton fric et tu dégages. Capiche ? »
« Sì signora... »

*

Plus tard ce soir là, après avoir livré la marchandise à Tullio, Lia rentra chez elle. Elle prit soin de ne pas réveiller ses parents qui dormaient profondément dans la pièce d’à côté. Elle ne voulait pas qu’ils sachent ce qu’elle faisait le soir. Oh, bien sûr, ils n’étaient pas stupides, ils se doutaient que l’argent qu’elle ramenait à la maison, elle ne l’avait pas obtenu en faisant du ménage dans les quartiers riches. Mais moins ils connaissaient de détails, mieux c’était pour tout le monde. Elle quitta ses vêtements et enleva le maquillage qui grimait son visage pour retrouver son physique d’adolescente fragile et malheureuse. Elle se glissa entre les couvertures et ferma les yeux. C’était le moment de la journée qu’elle préférait. Quand elle pouvait enfin quitter son masque et juste être elle-même pour quelques heures. Elle n’était plus l’élève revêche du lycée du quartier. Elle n’était plus la négociatrice du gang du quartier. Elle était juste Lia. Une jeune fille sans argent, sans amis, sans envie, sans espoir. Et elle pouvait se laisser aller à aspirer à une vie meilleure. Une vie future où elle connaîtrait enfin le bonheur. Ou une vie antérieure où elle l’avait déjà connu...

Il faisait noir. Elle ne voyait rien d’autre que du noir, partout où son regard se posait. Elle était entourée par le néant. Il n’y avait rien d’autre que l’absence de tout. Mais soudain, elle ne se sentit plus seule. Une lueur apparut. Et elle vit... un sourire. Ce sourire... Le même sourire, le même songe, qui la hantait depuis des semaines. Elle savait qu’elle était en train de rêver, parce qu’elle le connaissait par coeur. Toujours le même sourire. Et elle avait toujours la même réaction. Elle n’arrivait pas à l’expliquer, elle n’arrivait même pas à identifier ce que c’était, car elle n’avait jamais ressenti ça de toute sa vie. Son coeur s’emballait, heurtant douloureusement les parois de sa poitrine, lui faisant sentir chacun de ses battements. Ses membres devenaient faibles, instables, comme de la guimauve et elle avait l’impression d’avoir des fourmis dans tout son corps. Son estomac s’agitait, une douleur la prenait aux tripes. Elle avait l’impression que son corps allait se liquéfier. C’était douloureux, bizarre, et pourtant, elle ne s’était jamais sentie aussi entière, aussi bien.

* * *

Elle se réveilla en sursaut, son corps transpirant étant cinglé par les draps dans lesquels elle s’était retournée toute la nuit. Encore ce rêve... Encore ce sourire... Ce sourire la hantait toujours, après huit ans. Aujourd’hui, à vingt-quatre ans, Lia arrivait à mettre des mots sur ce qu’elle ressentait lorsqu’elle faisait ce rêve. Elle était amoureuse de ce sourire. Non, en fait, c’était bien plus que ça. « Amour » n’était pas un mot adapté pour décrire ce qui se produisait au fond d’elle. Elle avait déjà été amoureuse, une fois, et ce n’était rien, rien du tout comparé à ça. Elle était folle de ce sourire, elle ferait tout pour voir ce sourire. Le monde pouvait bien s’écrouler, ça n’avait aucune importance, tant que ce sourire continuait à la hanter. Bien évidemment, elle avait conscience que tout ça n’avait aucun sens, que ce n’était qu’un rêve et qu’il n’existait rien de tel. Pourtant, elle ne pouvait pas le contrôler. C’était comme si ce sourire appartenait réellement à quelqu’un ; quelqu’un qu’elle connaissait depuis toujours. Elle lui parlait durant ses songes et, parfois, elle avait l’impression qu’il essayait de lui répondre. Mais jamais aucun son ne sortait de cette bouche. Elle n’avait jamais vu plus que ce sourire. Mais elle imaginait des yeux clairs, à la fois rieurs et stricts, séducteurs mais avec une once de cruauté. Ce rêve lui faisait toujours le même effet. Elle se réveillait épuisée d’avoir cherché à lever le voile de brouillard entourant Le sourire, frustrée de ne pas y être parvenue, mais heureuse d’avoir encore rêvé de lui.

Il lui fallut quelques secondes pour se remettre de ses émotions. Puis, sa routine matinale (enfin, si on considère que treize heures, c’est le matin) s’enclencha. Mécaniquement, elle se leva, alla se noyer quelques minutes sous l’eau tiède de la douche pour enlever la pellicule de sueur qui recouvrait son corps et enfila des vêtements propres. Ensuite, elle se rendit dans la minuscule pièce qui servait de salon, de salle à manger et de cuisine à la famille. Enfin... quand je dis famille, je veux parler de son père, sa mère et elle-même. Cela faisait bien longtemps que ses frères avaient quitté la maison. Lorenzo était marié et l’heureux papa d’une petite fille depuis quelques mois à peine. Il évitait de venir à la maison autant qu’il le pouvait, ne supportant plus la présence de Leonardo. Pour lui, Leo était responsable de la délinquance dans laquelle Lia s’était empêtrée. Quant à Leo, il vivait en colocation avec une bande de potes, des membres du gang évidemment, dans un taudis infesté de rats. Tout plutôt que de croiser le regard réprobateur de son père et celui désespéré de sa mère tous les jours. Lia avait pensé faire de même. Quitter le logement familial, détruire les espoirs de ses parents qui croyaient encore qu’elle allait arrêter les conneries. Mais elle n’avait pas pu s’y résigner. Pour deux raisons. La première était qu’elle ne voulait pas briser le coeur de ses parents, elle n’arrivait pas à détruire leurs espoirs. Parce qu’elle aussi, elle espérait. Elle espérait pouvoir sortir de ces sables mouvants dans lesquels elle s’était enlisée. La deuxième raison tenait au fait qu’elle ne pouvait pas abandonner sa mère maintenant...

Elle croisa le regard fatigué de sa mère, qui gisait sur le canapé. Pendant quelques instants, elle redevint la petite fille que sa maman avait connue et vint de blottir contre elle sous une couverture. Elle aurait pu rester ainsi toute la journée. Elle avait d’ailleurs bien l’intention de rester ainsi toute la journée. Mais la sonnerie suraiguë de son téléphone lui indiqua qu’il n’en serait rien. Maria soupira, déçue de perdre à nouveau sa fille, tandis que Lia s’éloignait pour décrocher.

« Je travaille pas aujourd’hui, tu m’avais promis que j’aurais ma journée ! »
« Changement de programme. » retentit la voix de Tullio à l’autre bout du fil, « Y’a eu une merde sur une de tes affaires. Va me régler ça presto ! »
« Envoie quelqu’un d’autre, tu sais que c’est important aujour... »
« J’en ai rien à foutre ! C’est TON affaire, tu répares les conneries. »

Et il avait raccroché. « Putain ». Le mot lui avait échappé, sifflé entre ses dents. Elle ne put se résigner à croiser le regard de Maria avant de quitter la maison. Elle n’aurait pas supporté la déception et la tristesse qu’elle y aurait trouvé. D’ailleurs, elle ne le supportait plus. Oui, elle avait pris goût au danger. Oui, elle aimait braver les interdits. Mais elle détestait les conséquences auxquelles ça la menait.
Dix minutes de Vespa plus tard, elle était au point de rendez-vous. L’ancien garage automobile qui leur servait d’entrepôt pour stocker la marchandise avant ou après une transaction. Entre autres usages... Aujourd’hui, c’était différent. A l’intérieur l’attendaient les deux membres qui avaient bossé avec elle sur l’affaire en question, et un gamin pas tout à fait majeur assis sur une chaise, ses petits yeux effrayés regardant partout, dans l’espoir vain de trouver un regard compatissant. Elle se souvenait de lui. Un banal trafic de coke. Elle avait filé la drogue au gamin, un nouveau dealer avec qui ils bossaient depuis quelques mois à peine, et celui-ci devait lui rapporter la recette des ventes. Rien de très extraordinaire, surtout que la transaction s’était bien passée. Le môme semblait pourtant tétanisé et, au vu de l’état de son visage, les deux autres l’avaient déjà passé à tabac pour obtenir des informations. Ça ne lui plaisait pas du tout et elle ne se gêna pas pour le faire remarquer.

« Qui vous a autorisé à faire quoi que ce soit tant que je ne suis pas là ? » Comme ils ne répondirent pas, elle continua « Bon, c’est quoi le problème ? »
« Il a volé de la came pour sa consommation perso... »
Elle soupira, exaspérée. Ou plutôt, désespérée. Elle connaissait ce gosse, il n’était pas mauvais, il avait seulement fait une erreur. Mais elle savait que pour Tullio, c’était l’erreur de trop.
« Putain, Paolo, t’as pas fait ça ! T’es pas stupide à ce point-là ! »
« Il devait croire qu’on le verrait pas... »
« Je suis désolé ! J’ai fait une connerie, j’étais en manque... S’il te plait Lia, je recommencerai plus... »
« Ça me dégoûte quand ils supplient comme ça... »
« Ta gueule Marco ! »

Ce mec avait un don pour la faire sortir hors de ses gonds, elle ne le supportait pas. Bon, il lui fallait réfléchir à une solution, et vite. Elle savait ce que Tullio attendait d’elle, le sort qu’il fallait réserver aux traitres. Mais elle ne pouvait s’y résoudre. Elle avait déjà mis des raclées, brisé des os, tiré dans les jambes. Mais jamais elle n’avait enlevé la vie de quelqu’un. Jamais son boulot ne l’avait exposée à ça. Et elle se refusait à le faire. Surtout pas avec un enfant pommé qui avait commis une erreur. C’était hors de question. Elle le sortirait de là, quitte à neutraliser ses deux collègues s’ils refusaient d’obtempérer, elle le ferait quitter la ville, le pays s’il le fallait, mais elle ne pouvait pas abandonner ce jeune garçon à la tragédie que l’on écrivait pour lui.

« Lia, s’il te plait... Pitié... Je veux pas mourir... » Ce fut la phrase de trop, celle qui lui brisa le coeur. Elle prit le visage de l’adolescent entre ses mains et fixa ses prunelles dans les siennes, pour qu’il voie qu’elle disait la vérité.
« Personne ne va mourir... Personne ne va te toucher, je te le promets... »
« C’est pas beau de faire des promesses qu’on ne pourra pas tenir, Lia. »

Elle soupira. Tullio. Evidemment. Il la surveillait, il vérifiait qu’elle fasse son boulot correctement. Elle se retourna pour faire face à son boss, en prenant soin de rester entre lui et le gamin, comme pour faire bouclier. Mais elle savait que c’était peine perdue. Tout son beau plan d’évasion, qu’elle avait commencé à élaborer, partit en fumée. L’adolescent le savait. Et elle l’entendit étouffer un sanglot d’angoisse derrière elle. Pourtant, elle ne pouvait pas se résoudre à l’abandonner. Pas sans se battre (au sens figuré).

« Il a fait une connerie, ça arrive. Il est jeune, il ne s’est pas rendu compte des conséquences... »
« Quand est-ce que tu es devenue aussi sentimentale ma pauvre Lia ? »
« Sois magnanime. Laisse-lui une chance de se racheter auprès de toi. »
« Il connaissait les règles. Et toi aussi Lia, alors fais ton boulot. »
« Non. Je refuse. » Tullio soupira, exaspéré.
« Alors pousse-toi de mon chemin. »

Il s’avança jusqu’à arriver à quelques centimètres d’elle. Mais elle ancra un peu plus ses pieds dans le sol. Les deux sbires se lancèrent un regard qui témoignait à la fois de leur mépris envers elle et de leur stupéfaction. Personne ne s’était jamais opposé à Tullio. Personne qui n’en soit sorti vivant en tout cas. Mais Lia n’avait pas peur. Elle avait un avantage sur les autres. Elle savait qu’il ne la toucherait pas. Et elle comptait bien se servir de ça pour le persuader.

« Tullio, s’il te plait... Je ne t’ai jamais rien demandé, jamais. Je te demande ça comme un service. Juste ça... »
« ... Non. »
« Dans ce cas je m’en vais. C’est terminé, je ne bosse plus pour toi. »
« Alors ça vois-tu, ça m’étonnerait. Parce que tout le monde sait que ta mère a un cancer. Qui va payer pour sa chimio si tu t’en vas ? Tu laisserais ta mère crever pour ce bâtard ? »
« ... »
« C’est bien ce que je pensais. Marco, Giulio, virez-la moi de là. »

Ce fut comme si elle était hors de son corps. Elle voyait la scène mais ne pouvait pas agir. Elle vit les deux hommes la prendre chacun par un bras. Elle se vit se débattre comme une furie, leur hurlant de la lâcher. Elle sentit la douleur quand ils resserrèrent leur étreinte pour qu’elle ne leur échappe pas. Elle se vit échanger un dernier regard avec Paolo. Elle n’oublierait jamais ce regard. Il la hanterait à tout jamais. Elle y lut la panique qui l’habitait, la peur de mourir tout en sachant que c’était inexorable, la reconnaissance envers celle qui s’était battue pour lui, l’absence de rancoeur pour ne pas être allée jusqu’au bout. Elle revit les deux sbires la sortir du garage, la jeter sans ménagement contre le bitume et refermer la porte derrière eux. Elle se revit hurler, se jeter contre la porte, supplier qu’on lui ouvre, supplier d’arrêter. Des larmes de douleur, de rage, de désespoir inondèrent ses joues alors qu’elle entendait chacun des coups que Paolo prenait et chacun des hurlements qu’il poussait. Elle était dans une transe de rage qu’elle ne se connaissait pas. Ses ongles se mirent à griffer, à déchirer, à arracher la peau de l’intérieur de son poignet gauche sur laquelle était tatoué le symbole d’appartenance au gang. Elle griffa jusqu’à ce que le sang vienne recouvrir l’encre. Et quand elle entendit le coup de feu, un relent de bile remonta sa gorge et elle ne put que vomir. Vomir sa haine du monde, sa haine des gens, sa haine d’elle-même. Car elle avait tué cet enfant et elle le savait.

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MessageSujet: Re: Lia Di Filadelfi   Mer 12 Oct - 20:56

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MessageSujet: Re: Lia Di Filadelfi   Mer 12 Oct - 21:01

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MessageSujet: Re: Lia Di Filadelfi   Jeu 13 Oct - 17:42

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MessageSujet: Re: Lia Di Filadelfi   Sam 15 Oct - 14:35

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MessageSujet: Re: Lia Di Filadelfi   Sam 15 Oct - 15:22

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MessageSujet: Re: Lia Di Filadelfi   Sam 15 Oct - 19:13

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MessageSujet: Re: Lia Di Filadelfi   Dim 16 Oct - 16:21

J'aime vraiment cette actrice.
Bienvenue et good luck pour ta fiche ! Si tu as besoin de précision sur les Bachert, n'hésites pas !







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MessageSujet: Re: Lia Di Filadelfi   Lun 17 Oct - 9:54

Bienvenue =)
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MessageSujet: Re: Lia Di Filadelfi   Sam 29 Oct - 23:23

Merci à tous !

Je sais que je suis très lente (et j'ai même pas l'excuse de pas avoir internet, moi) mais je promets que je fais de mon mieux. J'ai posté une partie, histoire de faire patienter un peu. Je vais essayer de finir d'ici mardi soir !
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Tosca J. Dal Cappello
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MessageSujet: Re: Lia Di Filadelfi   Sam 29 Oct - 23:26

c'est noté, ne t'en fais pas.


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MessageSujet: Re: Lia Di Filadelfi   Mar 1 Nov - 14:36

Bon, c'est officiel, je pense que j'ai terminé.
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Thybalt A. Andreotti
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MessageSujet: Re: Lia Di Filadelfi   Mar 1 Nov - 16:44

J'ai été captivé par ta fiche et ton personnage, si jamais tu cherchais un flic pour te courir aux basques, j'aurais presque envie d'un Double Compte xD ! Bienvenue parmi nous et enjoy la vie à Vérone ... ou pas dans ton cas. je pense que tu auras un lien intéressant avec Sca, vu ce qui arrive a ta mère Wink N'oublies pas de recenser ton avatar, de faire ta demande de logement, de portable et de liens ainsi que de sujets Wink







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